Olivia BLANCHARD (Acteurs de la Finance Responsable) : "Il faut récompenser toutes les entreprises qui prennent des initiatives affichées"

Olivia BLANCHARD (Acteurs de la Finance Responsable) : "Il faut récompenser toutes les entreprises qui prennent des initiatives affichées"
Propos recueillis par Marie-Laure Fraux
Publié le 21-01-2021


Du droit à la finance responsable il n’y a qu’un pas qu’Olivia Blanchard, co-fondatrice de l’Association des Acteurs de la Finance Responsable (AFR) et Compliance Officer a franchi, il y a quelques années après un parcours en banque privée chez Rothschild, en banque d’investissement chez Société Générale et enfin en salle des marchés en France et à l’étranger. Certains diraient « pas très responsable tout cela » et peuvent s’interroger sur la conscience de la finance. Loin de rejeter sans nuances ces propos, convenons que cette dernière se décarbonne, à son rythme certes. Comment ? Quelles sont les évolutions et comment définir la Finance Responsable ?

Finance et responsabilité peuvent sembler antinomiques, qu’entendez-vous précisément ?

Tel que nous l’avons défini avec les 3 co-fondatrices de l’association, la finance responsable revêt deux dimensions : d’une part, c’est une finance qui agit en conscience ; c’est-à-dire qu’elle prend au quotidien et dans chacune de ses actions, ses responsabilités. Nous évoluons dans une société de déresponsabilisation dans laquelle une hiérarchie importante nous incite à nous désengager et à ne pas prendre nos responsabilités. Or, il est indispensable de reprendre le pouvoir dans sa sphère professionnelle et d’assumer ses choix au quotidien. Il s’agit d’agir en conscience.
Le deuxième élément fondateur de cette finance responsable est le rapport d’égalité qu’elle observe avec l’homme et l’environnement. La finance responsable, par ses investissements, ses orientations stratégiques et ses choix de gouvernance doit donner accès à l’emploi, à l’éducation, préserve le bien-être au travail tout autant que la biodiversité par exemple. La chaine de valeur initiée par la finance responsable s’étend à l’ensemble de l’écosystème d’une entreprise incluant bien entendu ses prestataires. Elle accompagne la société et l’Homme dans son développement, tout comme elle accompagne la transition écologique. C’est un élément majeur et un réel point de tension aujourd’hui. L’un ne peut pas être dissocié de l’autre parce qu’une transition environnementale réussie ne passera que par l’intégration d’une transition sociale. Investir dans les énergies renouvelables et les nouvelles technologies est relativement simple. Si personne n’a les moyens d’acheter ces innovations, ces investissements n’auront qu’une maigre utilité. La finance doit prendre en compte les aspects sociaux autant qu’environnementaux et investir dans des modèles économiques structurels durables. C’est le fameux triple capital, économique, humain, écologique que les nouvelles normes doivent prendre en considération.


Au-delà des notes d’intention, comment agir et mettre en œuvre cette responsabilité dans la finance ?

Il faut avant tout remettre l’être humain au centre des enjeux, appliquer la même rigueur et la même ambition dans la définition de critères sociaux que dans celles de critères environnementaux. Il existe aujourd’hui 433 fonds thématiques. Seule une trentaine prennent en considération des critères sociaux. C’est évidemment trop peu. Il faut récompenser toutes les entreprises qui prennent des initiatives affichées sur l’inclusion, la préservation de l’emploi, la réduction des déchets...
Dans ce sens le gouvernement a lancé le Label Relance dont l’objectif est d’orienter l’épargne vers les entreprises qui ont souffert de la crise sanitaire et qui mettent en avant une démarche Environnemental, Sociale et de Gouvernance juste. Concrètement, aujourd’hui nous pouvons être acteur de la relance économique et décider que son épargne servira à préserver l’emploi par exemple, ou à tout autre cause qui nous tient à cœur.
Des outils permettent de réaligner le fléchage de l’épargne et redonnent ainsi à chacun le pouvoir de s’engager concrètement. Les conseillers ont un rôle majeur à jouer car ils sont directement en contact avec les clients et peuvent donc proposer des produits financiers responsables. La finance est essentielle pour aider l’économie à se reconstruire. Mais il faut que cela soit bien pensé en amont et fléché intelligemment.  

Pourquoi cette association des Acteurs de la Finance Responsable ? Quelles sont ses ambitions et ses missions ?

Après un an d’échanges passionnants avec des femmes et des hommes acteurs de la finance responsable, je me suis interrogée sur la nécessité de les rassembler afin de leur permettre d’avancer collectivement, de se fédérer et d’accélérer ce changement.
Finalement cette association, c’est le pont entre mon métier, la finance et mes valeurs. L’objectif de l’association est de réunir une communauté de femmes et d’hommes professionnels de la finance qui souhaitent s’engager pour une finance en conscience et en cohérence avec l’Homme et la nature. Notre mission première est de sensibiliser puis de former différents corps de métier qui ont un impact et un rôle majeur dans cette transformation, c’est le cas par exemple pour les Conseillers en Gestion de Patrimoine, les RH, les Directeurs financiers. Nous développons également tout un programme de contenu que ce soit au travers de conférences, d’ateliers ou de documentations à l’attention d’un public sensible à la démarche, nourrissant la même ambition, celle d’une finance en conscience.